Creators Club : La Grande Party avec Paul Mougeot

Suite à la sélection des 6 lauréat•es du dispositif, nous avons discuté avec Paul Mougeot, fondateur de La Grande Party ! 🥳


La Grande Party met à profit la phase de construction du Grand Paris pour faire émerger une nouvelle génération d’artistes issus de ses territoires, grâce au premier dispositif de repérage et d’accompagnement pensé à l’échelle de la métropole 🔍


La Belle Onde est partenaire de cette deuxième édition, et on vous invite à en découvrir davantage par ici 👇



Qui es-tu Paul ? Présente-nous ton parcours !


Mon parcours est un peu alambiqué parce que maintenant, j'évolue dans le milieu de la musique et de la culture, mais je n'ai pas toujours évolué dans ce milieu-là.

À l'origine, je suis diplômé de Sciences-Po en politique publique et j'ai bifurqué peu après, parce que c'est un milieu, ce milieu-là, politique et administratif et institutionnel, qui devenait un petit peu pesant pour moi. J'étais plutôt en recherche de créativité et de passion, c'est vraiment un moteur qui est important pour moi et que je ne retrouvais pas du tout dans ce milieu-là.

J'ai bifurqué très lentement, j'ai d'abord travaillé deux ans sur la programmation artistique du Grand Paris Express, futur réseau de métro qui est en train de se construire autour de Paris et du Grand Paris. C'est ce qui m'a donné d'ailleurs cet intérêt, cet amour pour le Grand Paris et toute la richesse culturelle qui se concentre sur ce territoire.

Ensuite, j'ai utilisé ma période de chômage pour monter d'autres projets parce que cela me tenait à cœur. J'ai donc rejoint il y a 4 ans La Vague Parallèle, qui à l'époque était un tout petit média franco-belge qui traite de musique indé, et je suis devenu rédacteur en chef.

Cela m'a mis le pied à l'étrier pour d'autres projets, parce que j’ai rencontré des artistes, j’ai créé un réseau et j’ai pu développer cette passion pour la musique et pour le milieu, au fil des rencontres et des entretiens.

Ces expériences m'ont donné cette envie de cumuler ces deux passions, à savoir celle pour les artistes et en particulier les artistes émergents, et cet intérêt pour le Grand Paris en créant La Grande Party. C'est le premier dispositif de repérage et d'accompagnement des jeunes artistes du Grand Paris que j’ai monté en 2019 et qu’on mène maintenant sous la forme d'un collectif.

Et puis aujourd'hui, je suis aussi chargé de programmation culturelle au Hasard Ludique, qui est un tiers lieu culturel dans le 18ᵉ arrondissement de Paris.

J'ai plusieurs casquettes qui ont toutes un point en commun, c'est que je suis très passionné par le soutien qu'on peut apporter aux jeunes artistes, le développement qu’on peut leur proposer, le repérage d'artistes et l'émergence en général.


Peux-tu nous présenter le dispositif de La Grande Party ?


Le constat derrière La Grande Party, il est assez simple, c'est qu'on s'est aperçu que le Grand Paris, c'était vraiment pour nous un terrain de jeu assez extraordinaire. C’est un eldorado du futur pour les jeunes artistes et une opportunité assez fantastique du point de vue culturel, artistique et sportif.



Il faut savoir que c'est quelque chose qui existe, le Grand Paris, depuis hyper longtemps. Il y a toujours eu cet ensemble culturel et artistique qui nourrit vraiment Paris en tant que tel et on s'est rendu compte que les artistes n’en profitaient pas du tout. C'est-à-dire qu’aujourd'hui, il y a très peu de mobilité des publics et des artistes entre Paris et la banlieue par exemple. On a beaucoup de mal à passer le périph, que cela soit dans un sens comme dans l'autre. Nous, on a eu envie justement d'intervenir dans ce domaine-là, pour permettre aux jeunes artistes du Grand Paris de profiter au maximum de ce terrain de jeu là pour développer leur projet.

La vocation de ce projet-là, c'est de permettre à une promotion de jeunes artistes de développer leur projet, avec une tournée à travers le Grand Paris. Tous les ans, on accompagne six artistes à travers le développement de leur projet. Il faut noter qu'on s'adresse quand même à des artistes qui sont très, très émergents. Cela nous tenait à cœur et cela nous semblait être les profils les plus intéressants à travailler.

Cette année, c’est donc la deuxième édition puisque la première a été un peu interrompue par le covid.


📸 : @alexandrinesnd

Maintenant, on le porte avec une dizaine de bénévoles. Ce qui est intéressant, c'est qu’on a tous.tes pour point commun d'être passionnés de musique, mais de styles vraiment très différents, ce qui donne aussi toute la richesse du projet, je pense. C'est aussi comme ça qu’on arrive à sélectionner des profils qui sont pertinents parce qu'on écoute tous les profils que l’on reçoit.

Ce qui est aussi intéressant, c'est qu'on avait tous.tes envie de travailler dans la musique avant de rejoindre le projet, mais quasiment personne ne bossait dans l’industrie. La Grande Party nous a un peu mis le pied à l'étrier pour maintenant travailler dans la musique. On a des bénévoles qui travaillent maintenant en management, en programmation, en communication, en prod, en label, en distribution… Et maintenant, nos métiers respectifs nous permettent de nourrir le projet et de pouvoir entourer les artistes avec des compétences qui sont différentes et qui leur sont utiles.


Quels sont les accompagnements proposés aux artistes ?


Contrairement à d'autres dispositifs de repérage et d'accompagnement, l’axe qu’on a choisi parce que, à la fois, il nous semblait très pertinent dans le contexte actuel, et aussi parce que c'est ce qui nous fait vibrer en tant que passionnés : c'est le live.

Ainsi, le premier accompagnement qu'on va proposer aux artistes, c'est tout simplement la scène. C'est-à-dire que nous, quand on accompagne des artistes, on s'engage à leur trouver un certain nombre de dates de tournées dans Paris et en dehors de Paris. Toutes les auditions se passent à Paris et tout le reste de la tournée se passe dans le Grand Paris.

On va les coacher directement sur le travail scénique, donc on va leur permettre de faire des résidences, des ateliers. Il nous semble que la scène, c'est vraiment le levier de professionnalisation essentiel aujourd'hui pour un artiste émergent. C’est ce qui va permettre à un artiste d'être rémunéré et de faire connaître son projet.

Le deuxième accompagnement, c'est qu'on va les aider à structurer leur projet via des ateliers thématiques. On a un certain nombre de professionnels de notre entourage assez proche, qu'on mobilise dans ce cadre-là et qui va nous permettre de proposer des ateliers à des artistes sur le management, la structuration juridique de leur projet, la distribution, les services des labels…

📸 : @alexandrinesnd

Le troisième accompagnement, c'est les rencontres avec des professionnels. On essaye de les sensibiliser à ce que va être leur carrière en leur faisant rencontrer le plus tôt possible un maximum de professionnels. Dès le jury des auditions, qui est constitué de programmateurs, de tourneurs, d'artistes, d'attaché de presse, de managers, on essaye de les faire dialoguer un maximum avec ces professionnels-là pour qu'ils puissent à la fois bénéficier de leurs conseils et également de se constituer un premier réseau.

On a noué des partenariats pour nous aider à mener à bien l'accompagnement, parce que cela nous semblait hyper important de reconnaître les compétences que nous n'avons pas, et que d'autres ont beaucoup mieux que nous. Cela peut être des partenaires hyper variés, comme Groover, des médias comme La Belle Onde... On a aussi noué un partenariat qui est assez atypique avec Give Me Five, le dispositif d'accompagnement du réseau MAP, le réseau des lieux culturels de Paris. Ils font bénéficier à nos lauréats d'une partie de leur accompagnement. On a essayé de mutualiser, nos moyens et nos ressources, parce que nous sommes deux dispositifs qui partageons la même vocation, mais qui abordons l'accompagnement de manière très différente. Et petite exclu pour l’interview, on va très probablement avoir une date de concert en commun avec les lauréats du Give Me Five afin de créer des synergies. Peux-tu nous parler de l’édition 2022 et des lauréat.es ?


Il faut savoir que nous n’avons pas de prérequis en particulier quand nous constituons notre sélection d’artistes, si ce n’est qu'on est à la recherche de projets qui ont des propositions fortes, et notamment sur scène, parce qu’on est amenés à les faire tourner assez longuement.


📸 : Eurydice Coffinier & Maddy Street

Concernant le processus de sélection, pour que tout le monde comprenne bien, on lance un appel à projet de manière assez simple, on demande d’envoyer un morceau et quelques éléments sur le projet. Nous avons reçu 1500 candidatures cette année. On écoute tous.tes l’ensemble des candidatures, ce qui nous permet de ne pas passer à côté d’une pépite. On retient 12 candidatures, et après quatre auditions qui ont lieu à Paris, on en retient 6 sur les 12 avec un jury de professionnels.

En terme d’esthétique musicale, c’est très variable :


Dans un registre plus dynamique et festif, on a Suprême Love Affair, qui a vraiment fait exploser Le Point Éphémère avec un gros pogo lors de l’audition.


On a aussi des registres plus compliqués à classer, comme une artiste pluridisciplinaire qui s’appelle Helma et qui est assez captivante à voir jouer. Elle a une capacité à transposer sa musique en live de manière très surprenante. Il y a une vraie différence entre le live et le studio, car elle ne travaille pas du tout la musique de la même manière.

📸 : Hylawpix, Thomas Dumont & Florian Soni Benga


On a une artiste qui s’appelle mōna qui fait une musique aux influences un peu post punk, cold wave avec une présence scénique très enjouée





📸 : Florian Soni Benga

On a des artistes que l’on a sélectionné pour leur capacité à émouvoir, comme Bernice, qui est la plus jeune artiste de cette promotion, et que nous avons sélectionnée uniquement sur la base d’une démo. Elle a une voix fantastique qui a une capacité à émouvoir et à embarquer qui est très forte.



Il y a Chat Perché, qui est très atypique dans sa démarche, qui mélange, new wave, punk avec une esthétique, qui est déjà très affirmée.





Enfin, on a Aghiad, qui mélange pop, musique orientalisante avec des accents électros.





On voit déjà l’évolution entre les auditions et les premières dates de la tournée, c’est gratifiant car ils arrivent déjà à embarquer le public.


Quel est ton plus beau souvenir du projet ?


Je crois que c’est le premier concert qu’on a organisé en 2020 au Pop Up du Label.

Il faut savoir qu’avant La Grande Party, on n'avait jamais organisé de concert, on était tous.tes très novices, mais tout s’est bien passé.

C’était assez fou que tout ce monde-là soit réuni sur un projet où on avait à peine communiqué.

C’est vraiment ce concert-là qui a donné le ton de tout ce qu’on a pu faire depuis en terme d’ambiance. On dit beaucoup de nos concerts que le public est bienveillant et avec une ambiance pleine d’amour.


Où est-ce que tu verrais La Grande Party dans 5 ans ?


Il y a plusieurs choses ! Spontanément, on aurait envie d’aller dans des salles toujours plus grandes, parce qu'on a envie de proposer le meilleur aux artistes que l’on sélectionne. C’est chouette de voir les lieux qui peuvent s’intéresser à nous alors que nous avons des artistes qui n’ont pas ou peu de public.

Je me dis que dans 5 ans, ce que j’aimerais, c’est que La Grande Party ait toujours ce noyau dur avec le dispositif principal qui est la tournée dans le Grand Paris. Il faut absolument que l’on garde cette identité émergente, d’intimité et de cocon artistique, pour nos artistes.


📸 : Thomas Dumont

Après, j’ai le sentiment que ce qui est en train de définir l’identité du projet, ce sont les synergiques que nous menons avec d’autres acteurs. Pourquoi pas donc envisager un festival l’été et/ou des scènes un peu partout dans des festivals en France. Je trouverais cela génial, car c’est très enrichissant professionnellement, artistiquement, et humainement de travailler avec d'autres projets et d’autres personnes.

Dans 5 ans également, tout le monde connaît La Grande Party, et vient repérer les artistes issus du dispositif.


Quelles sont les prochaines actualités de La Grande Party ?


Le 8 octobre, il y a notre événement de clôture qui se passera à La Marbrerie à Montreuil, avec une proposition artistique qui sera un peu différente des autres concerts, car cela sera la seule date où il y aura les 6 lauréats qui vont jouer en même temps.

Et puis ensuite, la boucle redémarre avec la troisième édition.



Quel est ton point de vue sur l’industrie musicale actuelle ?


Je trouve que c’est une industrie qui aujourd’hui a un fonctionnement anormal comparé aux autres domaines. Cela reste une industrie où le modèle économique est déséquilibré, instable, précaire, insuffisant, et où l’argent est réparti de manière plus inégale que dans d’autres domaines.

C’est très problématique, car quand tu montes un projet dans le domaine musical, que tu aies le talent ou pas, que tu aies l'énergie ou pas, que tu aies l’enthousiasme ou pas, il y a très vite la barrière financière qui se pose.

La contrepartie de cela, c’est qu'il y a quand même une immense liberté d’entreprendre et de créer que je trouve assez salvatrice, comparé à d’autres domaines. Cette liberté, on ne la retrouve quasi nulle part ailleurs.

Il y a trop de personnes qui se retrouvent bloquées, parce qu’un moment, la réalité les rattrape, et qui doivent abandonner des projets hyper prometteurs.

C’est le grand défi des prochaines années : comment trouver un modèle économique pérenne à la musique, à la musique live en particulier qui me tient à cœur.

Un des défis est de préserver la créativité et la liberté de ses acteurs, tout en leur permettant d’en vivre.


C’est quoi ta dernière claque musicale ?


J’ai eu une petite claque musicale à laquelle je ne m’attendais pas, je suis tombé par hasard sur un groupe de r&b Autrichien qui s’appelle AZE. Globalement, j’ai rarement envie d’écouter autre chose que des petits artistes à dénicher.



Suivez La Grande Party sur les réseaux sociaux :

Site internetFacebookInstagramLinkedIn

YouTube